Tortues Ninja : The Last Ronin
Tortues Ninja : The Last Ronin
Teenage Mutant Ninja Turtles : The Last Ronin
Scénario : Tom Waltz et Kevin Eastman
Dessins : Esau Escorza, Ben Bishop, Isaac Escorza, Kevin Eastman
Dessin de la couverture de l’album : Mateus Santolouco
Traduction : Mathieu Auverdin
D’après les personnages crées par Kevin Eastman et Peter Laird


Le futur.
Un sombre Ninja s’apprête à s’infiltrer à l’intérieur de la ville de New York. Une tâche qui ne sera pas aisée étant donné que son périple sera jalonné d’embûches qui se mettront en travers de sa route…

Mais celui-ci est bel et bien déterminé à accomplir sa quête vengeresse, quel qu’en soit le prix…


Notre intrépide héros parvient à pénétrer à l’intérieur du QG du clan Foot qui dirige la ville d’une poigne de fer et exerce un régime dictatorial opprimant la population, dès lors que ses citoyens n’obéissent pas aux injonctions de ceux-ci.

C’est Oroku Hiroto, le petit fils de Oroku Saki alias Shredder et fille de Karaï qui est le leader actuel du clan Foot.

Le valeureux Ninja parvient à neutraliser et à mettre en déroute plusieurs de ses adversaires tels que des robots et des guerriers aguerris…

Hélas, au moment où il s’apprêta à pénétrer à l’intérieur du bureau de Hiroto, il se fait assaillir par plusieurs mousers perfectionnés conçus par le scientifique Baxter Stockman, provoquant sa chute du gratte ciel !
Il survit à sa chute mais n’est plus en état de se battre, étant grièvement blessé et est contraint de battre en retraite.

Peiné et honteux d’avoir selon lui échoué dans sa quête, le guerrier s’apprête à se faire seppuku… Toutefois, affaibli par ses blessures, il s’évanouit… Et est secouru de justesse par l’adolescente à qui il a volé sa moto qui l’emmène ensuite en lieu sûr.

Qu’elle n’est pas sa surprise de se réveiller dans un endroit qui lui semble de prime abord familier ! Il reconnait la vieille femme qui le soigne qui n’est nul autre que sa meilleure amie April O’Neil et on découvre que notre Tortue Ninja est Michelangelo, le dernier survivant de sa fratrie !




Les Tortues Ninja est à l’origine un comic book indépendant sorti de l’imagination fertile de Kevin Eastman et Peter Laird qui écrivirent et illustrèrent conjointement les aventures de leurs intrépides chevaliers d’écaille et dont le premier numéro est sorti en 1984.
Leur série de comics remporta un franc succès, quant au dessin animé de 1987 (qui est une adaptation animée très libre et fort légère de leur oeuvre), il contribua à faire connaître mondialement leurs héros qui devinrent rapidement des icônes de la pop culture. Les jeux vidéos de Konami (dont le mythique Teenage Mutant Ninja Turtles : Turtles in Time ) et les premiers long métrages cinématographiques (en particulier le film original sublime de Steve Barron auquel participa le grand Jim Henson le père des Muppets) accentuèrent la notoriété et la popularité des personnages à la fin des années 80 et dans les années 90.
C’est par ailleurs en 1987 que Kevin Eastman et Peter Laird imaginèrent une conclusion à leur série : une histoire ayant lieu dans un futur dystopique au cours duquel la toute dernière des Tortues Ninja veut venger la mort se ses frères et de leur maitre Splinter tombés au combat.
C’était l’une des fins qu’ils avaient envisagé tous les deux pour leur titre culte.


De nombreuses années plus tard en 2019, Tom Waltz scénariste de la série de comics IDW Teenage Mutant Ninja Turtles (reboot de la série de comics originale de Mirage Studios qui a débuté en 2011 et dont la publication se poursuit encore à l’heure actuelle) était sur le point de quitter celle-ci avec le numéro 100 devant conclure en apothéose son run, bien qu’il laissa ensuite les rênes du titre à la scénariste et dessinatrice Sophie Campbell.

Cependant, Tom Waltz voulait encore écrire une histoire marquante des Tortues Ninja et c’est là que Kevin Eastman lui fit part du récit que lui et son ami Peter Laird avaient conçu pour apporter un dénouement à l’épopée de leurs héros. Waltz fut époustouflé et ébahi par le souffle épique et le ton sombre de cette ultime aventure des Tortues et décida qu’il était temps qu’elle puisse enfin voir la lumière du jour. Ils demandèrent l’aval de Peter Laird qui leur donna son accord.

C’est ainsi que vit le jour sous sa forme définitive Teenage Mutant Ninja Turtles : The Last Ronin sous la forme d’une mini série composée de 5 chapitres, réunis plus tard au sein d’un seul album. Sa publication débuta en octobre 2020 et se conclut en avril 2022.
A noter que « Ronin » signifie en Japonais « samouraï sans maître ».
L’objectif de Tom Waltz était que The Last Ronin soit aux Tortues Ninja ce que The Dark Knight Returns de Frank Miller est à Batman : une histoire majeure qui ferait date.
Pari amplement réussi, cette histoire ayant été acclamé non seulement par les fans mais également par les critiques qui la portèrent aux nues et celle-ci battit des records de vente, tant aux États Unis qu’en France ! 😀
Il faut dire que Tortues Ninja : The Last Ronin a de nombreux atouts.
Tout d’abord, les dessins de Esau Escorza, Ben Bishop, Isaac Escorza sont magnifiques, énergiques et percutants et correspondent à merveille au ton crépusculaire de cette histoire hors du commun.


D’autre part, l’intrigue alterne habilement des moments du présent avec des flash back et nous apprenons dans quelles circonstances tragiques Raphaël, Leonardo, Michelangelo et Donatello perdirent la vie…

On remarquera par ailleurs que The Last Ronin fait quelques références à Daredevil.

Ainsi dans un combat titanesque ayant opposé Raphaël à Karaï, celle-ci est tout de rouge vêtue et porte une tenue similaire à celle de Elektra, une kunoichi qui a été le plus grand amour de Matt Murdock alias Daredevil l’homme sans peur et elle a été créée par Frank Miller, grand auteur de comics que Kevin Eastman et Peter Laird admirent au plus haut point. Il faut dire qu’à la base, Les Tortues Ninja, bien qu’il soit originellement un comic book très sombre se voulait aussi un pastiche de Daredevil, l’organisation du clan Foot (« Pied » en anglais) étant un clin do’eil fait à l’organisation Ninja criminelle « La Main » dont fait partie Elektra.

Ce qui est particulièrement intéressant et fascinant dans cette histoire, c’est le traitement psychologique de Michelangelo.

En effet dans pratiquement toutes les itérations de la saga, que ce soit les comics, les long métrages, les jeux vidéos et les diverses séries animées, Michelangelo était toujours dépeint comme le joyeux drille de la bande, le rigolo qui a toujours le mot pour rire et qui croque la vie à pleines dents.

Avoir fait de lui un être sombre, meurtri par le décès de ses frères et de son maître et n’étant pas parvenu à surmonter son deuil était audacieux de la part de Tom Waltz et Kevin Eastman. Mais c’était néanmoins une bonne idée, si cela avait été Raphaël qui est le plus sanguin et susceptible des quatre frères ou bien Leonardo qui est le plus aguerri au combat aurait été une solution de facilité.
Cependant, Michelangelo depuis toujours a été le membre de la fratrie à avoir assimilé le plus rapidement les techniques de combat qu’on lui a inculqué, et, si il manie toujours avec habileté ses légendaires nunchakus, il use aussi du sabre, de saïs et d’un bô mais aussi de tonfas.
Par ailleurs Michelangelo se culpabilise de ne pas être parvenu à sauver la vie de Leonardo, Raphaël, Donatello et Splinter et éprouve « le syndrome du survivant » , et, dans un premier temps, il voulait accomplir seul sa mission, ne voulant pas que sa « vendetta » cause la perte de d’autres personnes chères à son coeur.


Par ailleurs tantôt il se chamaille avec ses frères défunts qui lui reprochent avec véhémence ses erreurs et leur répond avec virulence, tantôt il s’entend bien avec eux et souhaite sincèrement leur faire honneur.

Toutefois, après que sa première tentative d’assassinat de Oroku Hiroto se soit avéré être un fiasco, et suite aux conseils avisés de April, il prendra conscience qu’il doit être épaulé par une équipe soudée qui lui permettra d’atteindre son objectif.

Il prendra par ailleurs sous son aile Casey Marie Jones, la fille de April O’Neil et Casey Jones, une adolescente passionnée qui a l’intelligence de sa mère et le courage intrépide de son père.

Il l’entraînera afin qu’elle soit apte à triompher lors de la bataille finale et lui fera comprendre qu’il ne faut pas seulement frapper fort mais être également capable d’esquiver les assauts de ses ennemis pour mieux les contrecarrer ensuite et savoir être habile et rapide.

Oroku Hiroto, l’antagoniste principal est également un personnage fort intéressant : bien qu’il admire son grand père qui a été le plus célèbre des chefs du clan Foot, il en a assez d’être dans son ombre et veut démontrer qu’il est bien plus redoutable que son illustre grand père. Il a été également profondément attristé que sa mère ne se soit pas suffisamment occupé de lui étant enfant, mais il éprouve envers elle un mélange de tristesse et de rancoeur.
Oroku Hiroto est un être perfide, sans scrupules qui n’a que faire de l’honneur et est aussi fourbe qu’intelligent.

Il est également intransigeant vis à vis de ses hommes, n’hésitant pas à les exécuter si ceux-ci n’ont pas répondu à ses attentes.

Il mettra tout en oeuvre pour exterminer la dernière « vermine » qui veut mettre un terme à son joug implacable.


L’environnement futuriste dans lequel vit Michelangelo est par ailleurs assez fascinant et d’une richesse immense : en effet New York ressemble beaucoup à Néo Tokyo de Akira de Katsuhiro Otomo mais les taxis volants font aussi penser à ceux de l’album de Valérian et Laureline Les Cercles du Pouvoir de Christin et Mezières.

The Last Ronin sait également alterner avec maestria des moments psychologiques très fort nous plongeant au coeur de la psyché de ses protagonistes avec de nombreuses scènes d’action époustouflantes menées tambour battant.

Quant à l’affrontement final opposant Michelangelo à Oroku Hiroto, il est intense, palpitant, épique et réellement poignant et conclut avec panache cette aventure ô combien haletante.
Tortues Ninja : The Last Ronin est une histoire somptueuse, passionnante, crépusculaire, envoûtante et réellement très émouvante.
Et si ce livre est chaudement recommandé aux fans des Tortues Ninja, il est également totalement abordable pour les lectrices et lecteurs néophytes.
Attention toutefois, en raison de sa violence et de sa noirceur, ce comic book est réservé à un lectorat averti.
Tortues Ninja : The Last Ronin est disponible chez l’éditeur français Hi comics.
